RECIT D’UN PERIPLE SUR LES PISTES MAROCAINES
Par Bernard HOLDERLE
SAMEDI 16 AVRIL 2005
Tout le monde se retrouve à l’aéroport à l’heure prévue et le décollage se fait à 13h 40 dans un bœing 757 de la Royal Air Maroc en direction de Casablanca où nous devons faire escale .C’est un atterrissage un peu turbulent qui nous pose à Casa d’où nous repartons à 17h pour une petite demi-heure de vol.
Henri et les chauffeurs nous attendent à Marrakech. Il ne fait que 23° quand nous
arrivons à l’hôtel Tazi,
situé tout prés de la place Djemaa el Fna. Très vite nous prenons contact avec l’activité grouillante de cet endroit, une foule toujours impressionnante quand on ne connaît pas ; premier tajine arrosé de thé chez Ahmed et chacun regagne sa chambre sans tarder…
Demain le départ est prévu à 7h !
DIMANCHE 17 AVRIL 2005
Le départ se fait finalement à 8h….
Marrakech se réveille tranquillement, dans les jardins qui longent les grandes avenues seuls quelques jardiniers s’appliquent à entretenir lauriers roses et orangers, la circulation est encore fluide en direction du col de Tichka qui marque à 2260m le point culminant du trajet qui nous mène à Telouet, petite ville à 130kms de Marrakech qui possède une Kasbah remarquable et d’où nous devons commencer vraiment notre périple en vélo.Vers midi nous enfourchons les Commençal pour une dizaine de km sur du goudron. Les choses sérieuses commencent. A partir
d Anemitre a piste longe la rivière caillouteuse, mais un peu défoncée, elle serpente dans un paysage très minéral où les ocres, les beiges, les rouges se côtoient. Vers 13h30 les cuisiniers nous attendent prés de l’eau. Il n’y a pas d’ombre et la température monte sérieusement dans ce ravin. Il nous reste 35 kms à faire, on risque d’arriver assez tard. Après une bonne salade, nous remontons la vallée de Niloua. La piste surplombe un canyon au fond duquel l’oued déroule sa verdure, signe réjouissant de vie dans ce monde de cailloux.
Nous jouons aux « montagnes russes », vous savez ce manège de fête foraine où nous aimions éprouver des sensations fortes. Cet après-midi ce sont nos jambes qui les ont les sensations, heureusement les montées ne sont jamais très longues même si elles sont parfois bien raides. Raides au point que certains prudents, préférant se réserver pour la suite, profitent des voitures suiveuses.
Après une descente technique qui nous amène au fond du ravin, nous découvrons la belle kasbah de Tamdakht. Les villages traversés sont magnifiques et notre passage rassemble au bord de la piste une ribambelle de gamins souriants qui nous tendent la main pour frapper dans la notre. Mais il est parfois périlleux pour nous de lâcher le guidon, alors « Salam » suffit et nous filons… Après un dernier passage à gué, c’est vers 18h que nous arrivons à la confortable « Defat Kasbah » quelques kms avant
Aït ben Hadou.
Au compteur 45kms pour cette première étape superbe avec quasiment 35kms de piste assez cassante. Une mise en jambe efficace dans un décor étonnant.
LUNDI 18 AVRIL 2005 Patrick Guerra dit Peyroul
Très bon le tajin du soir, bonne nuit et service impeccable dans cette auberge où le petit déjeuner est copieux. Il est 8h et le soleil tape fort déjà. La troupe semble en forme avec juste quelques douleurs diversement placées ! Changement de programme : à 8h30 nous partons à pied pour
Aït-ben-Hadou en longeant la rivière. Une petite heure et demie de randonnée et après avoir aidé un autochtone qui avait perché son 4x4 sur un rocher,
nous grimpons vers les ruines de l’ancienne kasbah qui était un point de contrôle sur la route du commerce entre l’Afrique et l’Europe et qui appartenait au Glaoui de Telouet. Dans le village, certaines maisons ont été restaurées et l’ensemble est magnifique. C’est une halte touristique importante sur la route de Ouarzazate que nous rejoignons en voiture et par la piste à travers un plateau désertique.
Philippe Darbois et Bernard Holderle
Quelques kms encore et à 12h30 nous enfourchons les bécanes. Le plateau que nous traversons est immense et la piste toute droite décourage certains. Passage rapide à Ta Slamante, une oasis qui possède une très belle kasbah appartenant au fils du Glaoui de Telouet et arrivée, le ventre creux à l’endroit du déjeuner. Il est 14h. Le repas est apprécié et nous prenons le temps, trop de temps ? Il ne reste théoriquement que 25 kms. Nous en ferons plus de 30 sur un beau parcours mais avec un vent violent qui s’est mis de la partie ; ça n’aide pas et peu à peu la caravane s’amenuise. Bernard protège Véro
Mais le moral reste bon pour les rescapés même si, alors que le soleil se couche, c’est un peu la débandade dans le peloton ! Les écarts se creusent et à un carrefour on se perd ; heureusement tout s’arrange et à la tombée de la nuit nous chargeons les vélos. Il ne reste que 15kms pour rallier le bivouac mais il fait nuit et nous sommes quelques uns à être fatigués. Il nous faudra en fait 1h de 4x4 pour faire ces 15klms sur une piste plutôt roulante. Il y a semble-t-il un problème avec les distances dans ce pays !! Le moral remonte quand enfin on trouve le campement. Il ne reste qu’à monter les tentes et à manger. Il est 21h30 et du repas nous n’avons pour l’instant que les odeurs….
MARDI 19 AVRIL 2005
Au menu hier soir harrira et une spécialité berbère faite de mouton, d’œuf et de légumes.
Nous avons mangé tard, serrés les uns contre les autres sous la tente mes un peu juste. Après le traditionnel thé à la menthe, mise au point sur le fonctionnement de la journée. Je suis déjà couché en train de lire, il est presque minuit. Cette discussion était nécessaire mais entendue de l’extérieur je me rends compte comment les réunions pourraient être plus brèves si on ne répétait pas plusieurs fois les mêmes choses ! Il est bien plus de minuit quand le campement plonge dans le sommeil.
Belle nuit sous les étoiles, pas de vent, je m’endors heureux d’être là. Réveil à 6h pour un départ prévu à 8h.Distance envisagée : 75kms. On doit faire le point à midi sur l’état des troupes et chacun décidera de ce qu’il fera sur le vélo. La journée commence fort et la longue et caillouteuse remontée de l’oued laisse des traces dans les jambes et sur le moral de plusieurs d’entre nous ; les abandons se multiplient avant d’arriver sur cet immense plateau désertique où seuls quelques bergers regroupés autour d’un puits occupent des habitations troglodytes.
25kms de traversée jusqu’à la première oasis où une nuée de gamins se précipite derrière les vélos. Le village d’Aïster est important et de petites parcelles de céréales profitent largement de l’eau qui coule dans le bas-fond . C’est l’endroit choisi pour le pique-nique. Fraîcheur et salade vont remettre du tonus dans les organismes. Après le repas une heure de 4x4 bienvenue pour nous économiser une vingtaine de kms qui aurait été fastidieuse. L’idée de J-J a été bonne et c’est de Amej Gag, prés de Boutarar que nous dévalons à vélo les gorges pittoresques avant de remonter sur un joli plateau(1700ms) où la couleur de la roche me rappelle les montagnes du Laddakh. Etienne s'inquiète !
Le groupe s’est réduit et c’est à un rythme tranquille que nous parcourons les 20kms qui nous séparent de Aït Youl où nous allons passer la nuit. La descente sur ce village est superbe et Véronique, déconcentrée, manque de faire un saut dans l’oued en contre-bas. Vigilance dans ces cailloux car une chute dans la profondeur du ravin ne pardonnerait pas. Arrivés au gîte le décrassage s’impose après deux jours de poussières et après la douche réparatrice, pot à l’épicerie où la bière tant espérée reste introuvable ! Le gîte, de construction traditionnelle, possède de grandes pièces distribuées autour d’un patio fermé qui sert de salle à manger. Au menu chorba et couscous.
MERCREDI 20 AVRIL 2005
Ce matin tous les nuages ont disparu et c’est encore sous un ciel limpide que le groupe sort du sommeil. Certains plus rapidement et plus bruyamment que d’autres ! Un petit tour dans la kasbah et nous prenons conscience de l’immensité de ce genre de bâtisse, du labyrinthe des pièces et des cours intérieures. Passons sur la visite des gorges du Dadès, touristiques et malgré quelques formations rocheuses étonnantes, pas si impressionnantes que cela. Un arrêt minute à Boumalne pour profiter de la vue plongeante sur la ville et nous prenons la route en direction du tizi n’Tazazert Dans la plaine nous sommes 8 à nous lancer dans cette ascension dont la seule chose de sûre est l’altitude d’arrivée :2200ms. Pour ce qui est du nombre de kilomètres, difficile de croire ceux qui pourraient nous informer ! Inch Allah une fois de plus. La montée est progressive et la piste heureusement roulante car la première partie du col sous la chaleur est un peu sévère pour certains d’entre nous . Bien entendu, arrivés en haut et comme souvent en montagne, ce n’est pas fini et après une légère descente nous pouvons voir la piste qui file au loin et surtout qui monte ! On monte donc en essayant de se dire que l’on n’a jamais été aussi proche du sommet ; c’est une histoire de moral et J-J et Philippe ne doivent pas se poser ce genre de question car ils filent bon train, leur silhouette au détour d’un virage se découpe dans le ciel ; ne pas craquer même quand en arrivant à un deuxième col on voit sur un rocher cette inscription : « Thé et café à 3kms » !! La pente s’adoucit et c’est en accélérant que l’on arrive soudain dans un passage taillé dans la roche qui marque cette fois le
Tizi n’Tazazert.
Quelle vue, le paysage est grandiose et c’est vraiment un bonheur d’avoir fait cette montée pour arriver dans ce décor. 28kms et 600m de dénivelées faits en partie à pied par ceux du groupe qui ont choisi de marcher. Quel régal de profiter de la succulente salade déjà préparée par les cuisiniers sur cette terrasse naturelle qui domine la vallée.
La longue descente (12kms) 
se fait en binôme et sans problème en restant attentifs aux pièges que représentent cailloux, sable et ornières sur cette piste perdue où ce sont les enfants qui font les cantonniers. Le bivouac est installé prés d’une oasis et nous pouvons même faire une bonne toilette au puits qui arrose les quelques parcelles de céréales. Une fois de plus l’endroit est charmant et c’est une belle nuit sous les étoiles qui se prépare…
JEUDI 21 AVRIL 2005
La nuit a été très douce sous la voie lactée, quel plaisir de dormir à la belle étoile sous ces latitudes. Réveil vers 6h , le soleil chauffe déjà et les enfants du village proche arrivent avec leurs bibelots . Nous allons marcher aujourd’hui , faire une rando de 3 ou 4 heures autour du Bab-el Ali, des pitons rocheux assez pittoresques. Un habitant du lieu nous sert de guide dans les chaos où nous cheminons en prenant tout notre temps. Je m’ennuie un peu dans cette marche sans grand intérêt jusqu’à l’oasis de Bab el Ali où nous déjeunons sous les amandiers. Cette verdure fait toujours du bien avant d’entreprendre la descente d’une gorge où ruisselle un mince filet d’eau. Soudain derrière un rocher une
Bernard Holderle
petite vasque d’eau claire. 
Inespéré et trop tentant. Certains y trempent les pieds , Véro s’y allonge et je me baigne à mon tour. Quel régal, quel plaisir de sentir l’eau fraîche sur sa peau. Nous finissons cette balade à l’auberge prés de laquelle nous avons campé hier soir. Quelques minutes de pause et en voiture pour la vallée du Drâ sur une piste étroite et chaotique où quelques palmiers et lauriers roses assurent la déco au fond de la gorge. Enfin c’est la montée sur le plateau puis la longue route qui nous mène à l’entrée de la vallée du Drâ où nous attend sur une hauteur l’auberge où nous allons faire étape ce soir.
VENDREDI 22 AVRIL 2005
Quelle nuit !!! De véritables escadrilles de moustiques ont tourné toute la nuit. Trop chaud pour dormir à l’intérieur, nous prenons l’option de la pelouse. Pas foncièrement méchants ces animaux, mais quel bruit horripilant. Pas gâtés par la nature pour ce qui est du chant ces bestioles. Enfin ce matin tout le monde a les yeux un peu bouffis !
Nous rejoignons la piste qui longe la vallée en 4x4 et c’est le début des derniers coups de pédale au Maroc. Le chemin circule entre les palmeraies et de jolis petits villages. Nous faisons 30kms avant le repas, pas de sieste aujourd’hui car il y a 6h de route pour retourner à Marrakech. Donc on charge et direction Ouarzazate où nous laissons les vélos et un des véhicules qui chauffe, la route est longue et il est 20h quand nous replongeons dans la folie de la ville. Douche et repas sur la place, on ne traîne pas : fatigue…
SAMEDI 23 AVRIL 2005
Bonne nuit : les chambres de la terrasse sont nettement plus agréables et silencieuses que celle s de l’étage. Journée visite et shopping dans le souk si particulier. Tout le monde s’affaire avec plus ou moins de bonheur dans le marchandage des cadeaux. Cette profusion de marchandises, le décor du souk aidant, est assez tentante et finalement marchands et acheteurs y trouvent leur compte, chacun étant satisfait de l’affaire qu’il vient de réaliser. Bain à la piscine pour se reposer un peu. Raté ! Je me croirais au collège tellement la dizaine de gamins qui jouent dans l’eau font du bruit et ce n’est pas l’autorité assez lymphatique du maître nageur qui change quelque chose. Il faut dire que ce week-end est célébrée la fête du Prophète qui draine vers Marrakech des habitants de nombreuses régions. Les hôtels et restaurants sont bondés et ces 4 jours de vacances se fêtent bruyamment ! Ne supportant plus ces cris je monte m’isoler sur la terrasse. Séance rapide d’ostéo et on repart : destination le souk ! J’accompagne celle que tous les commerçants prennent pour ma « gazelle », je fais le mari réticent pour certains achats mais la ruse ne prend pas trés bien…Au retour à l’hôtel, bain dans une piscine qui a retrouvé le calme et départ pour le resto charmant réservé la veille. Pas de chance, le serveur qui nous est attribué a manifestement abusé de quelque chose, un produit illicite qui rend sa position debout assez instable ! Est-ce la raison ou non, toujours est-il que nous attendons longtemps d’abord les menus ensuite les plats commandés dans une ambiance ensommeillée qui ne reflète pas le plaisir d’être ensemble après une telle semaine. Le restaurant est vide et il est très tard quand nous finissons le repas inespéré. Pensant depuis toujours que ce comportement ( faire attendre de manière abusive) est inadmissible , je vais dire notre mécontentement à la patronne de l’endroit. Après une discussion courtoise et néanmoins sans concession, elle décide à ma grande surprise de nous rembourser une grande partie du montant de la facture en me disant qu’elle assume la faute professionnelle. Gêné un instant, j’accepte et je sors avec ma poignée de billets et les excuses de la tenancière pour le désagrément provoqué. Place Djemma el Fna le concert est maintenant terminé et après une dernière bière à l’hôtel nous regagnons nos pénates.
DIMANCHE 24 AVRIL 2005
Un dernier tour à la Koutoubia et dans le souk où le fabriquant de viagra marocain me reconnaît et m’arrête pour me demander, rieur, des nouvelles ; c’est l’occasion d’échanger dans la bonne humeur et avec plaisir quelques mots sur l’importance de la santé dans les relations hommes- femmes !! Départ à l’aéroport pour le décollage prévu et ponctuel à 13h45 dans un petit Boeing 737/200 piloté de main de maître par une femme ; escale à Casa où avec Yaël nous nous faisons refouler, trahis par nos sac à dos , du salon des VIP ! 1H de retard au décollage et c’est à 21h30 que nous posons le pied sur le sol humide de Toulouse… Bernard.
Dessin Thierry Laluc
Merci Bernard d’avoir chaque soir eu la gentillesse de noter les principales anecdotes sur ton calepin et de retracer celles-ci par l’intermédiaire du journal du club. Plus tard à la lecture de ce récit nous nous souviendrons beaucoup mieux.
Le VTT GUIDON MONTALBANAIS se réjouit de l’extraordinaire ambiance qui a régné tout au long de ce séjour et n’oublions pas que nous le devons en grande partie à notre ami vététiste :
Eric HERNANDEZ .
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